QUAND LE TEMPS S’ÉCOULE À REBOURS

Quand les aiguilles du temps tournent à l’envers, l’heure du #RDVAncestral est arrivée ...

En ce troisième samedi du mois, une fois de plus mon esprit s’échappe pour me conduire à mon second rendez-vous ancestral … Mélange de littérature et de généalogie qui consiste à « rencontrer pour de vrai » un de nos ancêtres, sur son lieu de vie, à son époque, et de dialoguer avec lui … RDV initié par Guillaume Chaix, du blog le Grenier de nos ancêtres.

Il faudrait que je pense à demander à mes chers ancêtres de me donner RDV l’été … Après Odessa en décembre, je vais de nouveau affronter le froid à Nancy en Janvier … Un gros manteau et un bonnet à pompon vissé sur la tête … En route pour une séance de GÉNÉALOGIE-FICTION

Une certaine quiétude règne sur la ville de Nancy restée française alors que l’Alsace et la Moselle, avec Strasbourg et Metz, sont rattachées à l’Allemagne par le traité de Francfort…

Nancy j’y suis … Assise sur un banc,
bien emmitouflée,
nous sommes en janvier 1890 …

Le nez en l’air, je hume les délicieux effluves qui embaument la ville … La capitale des ducs de Lorraine sent bon … Et pour cause, le territoire de Nancy compte à lui seul une vingtaine de bonbons, bouchées, gâteaux ou desserts, tous liés à son histoire et à ses traditions, au premier rang desquelles macarons, mirabelles et bergamotes.

J’attrape au vol une feuille volante … Un courrier échappé d’une maison voisine sur lequel Christophe Eugène COISEUR, négociant confiseur, fabricant de dragées et de chocolats à Nancy depuis sa prime jeunesse, informe les nancéens qu’il vient de céder sa fabrique à monsieur Choutier, qui reprend la suite …

Une clameur sort de ladite fabrique du 6 rue Drouot … Un ouvrier âgé en sort pour crier sa joie … Un honorable monsieur de 66 ans, qui chante son plaisir en pleine rue, prenant les passants à témoin. Joseph Pennequin vient d’être décoré de la médaille d’argent en sa qualité d’ouvrier de la maison Choutier …

Son moment d’euphorie passé, c’est à coté de moi qu’il vient s’assoir pour reprendre son souffle

« Vous avez l’air bien heureux monsieur » me hasardais-je
« Oh oui, je le suis, pensez donc » me répondit-il, agitant sous mes yeux le journal de ce 3 janvier 1890 dans lequel il ne voyait que son nom

« et bien triste en même temps » ajouta-t-il aussitôt

Devant mon air interrogateur, il poursuivit, « Voyez-vous madame, mon épouse qui m’a donné mes enfants et que j’ai tant délaissée pour travailler si dur ne saura jamais cette récompense que je viens d’obtenir, usée qu’elle était, elle s’en est allée, en septembre dernier, bien heureuse quand même que notre fils ainé ait repris le métier à mes côtés … Quand même quelle tristesse qu’elle n’ait pas su ma Marie-Thérèse »

L’air était toujours parfumé de ces saveurs sucrées quand Joseph poursuivit son quasi-monologue

« Et puis aussi je suis bien triste pour Eugène … Il aurait été honoré … C’est lui, vous savez Madame, Eugène Coiseur qui m’a formé … il a corrigé mes gestes … Et moi aussi parfois, c’est qu’il était pas tendre le patron, quand même, il aurait été bien honoré … Mais, ça fait toujours le bonheur du nouveau … Le Choutier, quand même quelle aubaine pour lui. Tout juste qu’il s’installe à la place d’Eugène, et le voilà avec une médaille d’argent dans la maison » … Il finira sa tirade dans un soupir   assorti d’un dernier « Quand même »

Sans lui dévoiler que je suis la petite-fille de son arrière-petit-fils, je le félicitais chaleureusement et lui affirmais que certainement son fils fera comme lui, et transmettra le flambeau de la confiserie à ses propres enfants, et qu’il peut être fier d’être ainsi le tout premier d’une longue lignée de confiseurs … Je gardais pour moi ma dernière réplique, celle qu’il n’entendra pas :

« Profite Joseph, il te reste peu à vivre … A peine cinq petites années … Peut-être sais-tu déjà que tu ne finiras pas ta vie seul, puisque tu convoleras avec une veuve de 17 ans ta cadette, épousée sept mois après le décès de Marie-Thérèse … Encore tout auréolé de ta gloire et au seuil de ta vie » … A peine avais-je pensé ces mots, que déjà il se levait pour retourner à sa tache …


Allez donc savoir comment j’ai repris pied dans mon espace temporel
devant les descendants du premier confiseur de la famille

Hélas pour la gourmande que je suis …
Mon grand-père a rompu la tradition initiée par Joseph
il n’y a plus de confiseur dans la famille

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9 réflexions sur “QUAND LE TEMPS S’ÉCOULE À REBOURS

  1. L’annexion n’a pas concerné tout la Moselle. C’est ainsi que la Meurthe est devenue la Meurthe et Moselle.
    En spécialité il y a aussi : les pets de nonne (paix de nonne) , la quiche lorraine, la bouchée à la reine ( vol au vent plus petit fait pour la reine Leszczynska ) , le brochet de Moselle, la carpe à la juive, le pâté lorrain, les madeleines de Commercy, la confiture de groseille de Bar le Duc (dont les pépins sont ôtés à la plume d’oie : très appréciée par la Reine Elisabeth) , les visantandines,…et les dragées !
    En effet elles ont été créées en 1220 par un apothicaire (les seuls autorisés à faire commerce du sucre) de Verdun qui cherchait un moyen de faciliter la conservation et le transport des amandes qu’il utilisait . Il a alors l’idée de les enrober de sucre et de miel durcis à la cuisson, faisant de Verdun un important centre de fabrication et le symbole de la ville.

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