RENDEZ-VOUS AVEC UN ADMODIATEUR

En ce jour de rendez-vous ancestral, c’est mon Sosa 788 qui m’interpelle … C’est en fait sa charge qui m’interroge … Admodiateur … J’aime lors de ces rendez-vous improbables – hors du temps- rencontrer tout à la fois des ancêtres et des métiers.

Joseph MARLIER

Sosa Lorrain, à la génération 10

Est dit Admodiateur

En passant par la Lorraine avec mes sabots,
Rencontrai un admodiateur de ma lignée

Fils troisième né de Didier Marlier, laboureur et sa légitime épouse Catherine Bagard, Joseph est né le10 avril 1686 à Xeuilley, petit hameau au cœur de la Lorraine, dont son grand-père paternel, Nicolas serait le Maire.

Le petit garçon est rapidement baptisé et a  pour parrain Nicolas Joseph DESMARET et pour marraine Françoise LANGOT, qui signent tous les deux le registre… Nous sommes en présence de gens lettrés et instruits, ainsi que le sera le petit Joseph.

La fratrie de Joseph

De l’enfance de Joseph et sa fratrie, je ne sais rien, si ce n’est qu’elle se déroule à Xeuilley, petit hameau rural et que Joseph ira soit à l’école, soit sera instruit en famille … A son mariage, il sait signer … Et comme le signalera bien plus tard (2 siècles quand même en 1888)  , l’instituteur du village :

Il semble que la famille Marlier soit implantée depuis longtemps dans cette commune de Xeuilley, ils y ont même leur place attitrée dans le cimetière, tous ou presque sont inhumés « dans la place des Marlier » ainsi qu’il est noté sur le registre lors des décès.

Je ne retrouve Joseph qu’à l’âge de 20 ans, le 21 novembre 1706, toujours à Xeuilley, où il épouse Marguerite Charlot(te) … L’année suivante, le 11 septembre 1707, nait le petit Claude, fils des jeunes mariés … Marguerite décède 8  jours après avoir donné la vie, et rend son dernier soupir le 19 septembre 1707… les actes de baptême du petit et de décès de la mère se suivent l’un derrière l’autre [vue 76] sur le registre paroissial … la malheureuse maman est « inhumée dans le cimetière devant l’église en la place des Marlier, en présence de la plupart des paroissiaux » 

Joseph a 21 ans, il est veuf,
en charge d’un nourrisson, dont au demeurant je ne trouve plus trace

Quatre mois après avoir mis son épouse en terre, Joseph promet le mariage à Anne Henry, une jeune fille de son âge, paroissienne de Marthemont, ainsi qu’il est mentionné dans le registre paroissial en date du 28 janvier 1708.

Orthographe du patronyme de Joseph est inscrit MARLY Il signe « J Marlier » sur son acte de mariage… Ainsi qu’il l’avait écrit lors de ses premières épousailles.

Le nouveau couple s’installe sur la commune de la jeune épouse, et c’est à Marthemont que neuf mois après les noces naissait le premier des dix enfants que j’ai répertoriés au couple formé par Joseph et « dame Henry », ainsi qu’est dite Anne sur l’acte de baptême de leur première fille.

Les enfants de Joseph Marly/Marlier et dame Anne Henry :

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Anne, l’épouse féconde de Joseph Marlier, décèdera, veuve, à l’âge fort honorable de 82 ans. J’ignore la date de décès de Joseph, je ne peux que la situer avant 1786, année du décès d’Anne Henry … C’est sur l’acte de décès de ladite Anne que j’ai trouvé le « métier » de Joseph … Admodiateur

Puisque ce rendez-vous ancestral se déroule sans que mon ancêtre ne daigne me parler, je suis bien seule pour comprendre ce qu’est un admodiateur … C’est donc avec les moyens d’aujourd’hui, que je me penche sur ce métier, qui semble être plutôt une charge qu’une profession… Voilà la définition que j’en ai trouvée :

L’admodiateur, que l’on peut traduire par fermier ou locataire, était une figure essentielle du monde rural en Lorraine aux XVIIe  et XVIIIe siècles. Il jouait un rôle central dans l’exploitation des terres, comme dans les relations sociales et économiques. Les admodiateurs étaient souvent des paysans aisés qui disposaient de suffisamment de moyens pour investir dans l’exploitation.

Il louait des terres, des forêts ou même des droits seigneuriaux à un propriétaire (seigneur, abbaye …) en échange d’un loyer annuel, il exploitait ces biens et en retirait les bénéfices. Ce système, appelé amodiation, était très répandu et concernait une grande partie des terres cultivables.

Xeuilley comme Marthemont font partie du Canton de Vézelise  anciennement comté de Vaudémont, et si je n’en réfère à la monographie de 1888 :

L’admodiateur est donc  « Celui qui prend un bail à ferme ».

Mais il existe également dans le sens de « celui qui donne un bail à ferme ». Dans ce cas, son rôle est de fixer les montants des fermages pour la seigneurie et de veiller à leur paiement en or ou en céréales.

 Ce qui me pose la question :

  • Mon ancêtre est-il locataire de terres ?
  • Ou « fermier général »  c’est-à-dire celui qui se substitue au propriétaire pour gérer un ensemble de terres et de droits contre le versement d’un prix fixe ; à lui de se rembourser le canon du bail en percevant au mieux les redevances dues au seigneur, et de sous-louer à des « métayers » -moyennant bénéfice- ce qu’il ne peut exploiter lui-même. Il serait donc en même temps locataire et bailleur.

La famille Marlier semble « richement » implantée dans la localité, ce qui m’incite à penser que c’était  un rôle de « fermier général », officier de la terre, que tenaient Joseph et après lui son fils et son gendre.

Jeanne, la petite-fille de Joseph, sera la dernière porteuse du patronyme en ce qui concerne mon ascendance … Elle épousera un vigneron lorrain.

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Dernier billet de l’année
Il me reste à vous souhaiter

Et à l’année prochaine

15 réflexions sur “RENDEZ-VOUS AVEC UN ADMODIATEUR

      • je n’arrive pas à laisser un commentaire « à part », désolée. J’ai un ancêtre admodiateur début 18e en Champagne. Il semblait s’occuper des terres du seigneur local, tout en étant également laboureur. Il avait aussi été procureur fiscal. C’est vrai qu’on aimerait mieux comprendre leur rôle.

  1. C’est intéressant, je pense aussi qu’il était fermier, dans le sens fermier général.
    Voilà une vie bien racontée, j’ai une pensée pour Anne, cette femme qui a pris en charge le nourrisson et si vite élevé autant d’enfants à elle.

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