FACTEUR EN 1880 … À NAILLOUX

Ascendant à la 5e génération de Jean-Christophe
Jean-Baptiste Vié est né à Nailloux, Haute-Garonne le samedi 20 mars 1847

Jean-Baptiste Vié, facteur rural

Toute la famille de Jean-Baptiste est originaire de la Haute-Garonne 
Cintegabelle, Nailloux, Saint-Léon et Toulouse sont les lieux de vie, naissances, mariages et décès
de la famille paternelle de mon fils

Fils ainé de Jean Vié et de Paule Bibent, Jean-Baptiste est beau jeune à 20 ans, les cheveux noirs et les yeux bruns il a une charmante fossette au menton et comme son père avant lui, il est cultivateur … Son petit frère, Guillaume né cinq ans après lui en 1852, sera dispensé du service militaire pour cause de « frère au service »

En 1870 Jean-Baptiste est en effet sous les drapeaux où il combattra contre l’Allemagne, loin de son foyer.
Il sera ensuite envoyé en Afrique en avril 1871 où 250 tribus se sont soulevées contre l’autorité coloniale Française (près du tiers de la population algérienne) … l’insurrection forte de cent mille moudjahidines nécessite de renforcer les effectifs armés par l’envoi de plus d’hommes, Jean-Baptiste est de ceux-là.

A son retour au pays, Jean-Baptiste épousera Marie SOULA le 20 octobre 1873 à Saint-Léon … Préalablement à leur union, les jeunes gens – le futur a 26 ans, sa promise en a 18 – concluront un contrat de mariage.
Le jeune couple s’établira à Saint-Léon mais pas dans la maison des parents. En effet, à Saint-Léon en 1872, le foyer de ses parents Jean et Paule abrite son frère Guillaume, son oncle Baptiste Bibent (frère de sa mère) avec son épouse et leur petite fille de 7 ans Paule Bibent …. Mais pas Jean-Baptiste.

C’est en 1874 que naitra le fils de Jean-Baptiste et Marie, un petit Jean Vié, aux yeux bleus, prénommé comme son grand-père …. A cette époque, Jean-Baptiste est agriculteur toujours à Saint-Léon
Le 17 novembre 1892, Jean, le fils de Jean-Baptiste, convole en justes noces avec une demoiselle Toulousaine, Françoise BERNES …. Le jeune couple n’a pas fait de contrat de mariage et s’est dit oui à Toulouse en présence de leurs parents ….

Jean-Baptiste a 45 ans au mariage de son fils
Et il est facteur


LE FACTEUR

Le mot a été formé à partir du latin facere (faire). Le sens administratif a infléchi sa définition pour désigner littéralement celui qui « fait la tournée ». Sur la même racine, factotum désigne un homme qui se mêle de tout dans une maison, un homme à tout faire  
Et dans les faits, au XIXe siècle, le facteur s’avère bien être une sorte de factotum administratif et postal.

Quel que soit son statut – employé sous l’Ancien Régime, fonctionnaire aux 19e et 20e siècles, puis salarié au 21e siècle – la mission du facteur demeure intangible : circuler pour distribuer…

Jean-Baptiste Vié est donc Facteur rural

Le facteur rural est l’héritier du messager-piéton

Au début du 18e siècle

Les habitants des campagnes représentent environ les ¾ de la population française, mais pour eux, aucun service de distribution à domicile.
Les lettres étaient stockées en attendant qu’on vienne les chercher, résultat : plus de 260.000 lettres par an étaient mises au rebut. Un manque à gagner certain pour l’administration postale, car à l’époque, c’est le destinataire qui paye la taxe pour le port de la lettre…

La loi des 3 et 10 juin 1829

Prévoit de lancer sur les chemins une armée d’agents afin d’opérer la collecte et la distribution du courrier dans toute la France auprès de tous les Français…. C’est la naissance du métier de facteur, les candidats sont recrutés parmi les classes pauvres …. Mais sachant lire … Et il se trouve que Jean-Baptiste sait lire et écrire … Il sera, à sa demande, recruté en qualité de facteur

La signature de Jean-Baptiste sur son acte de mariage

Le facteur des années 1830 aux années 1890 est rétribué « au kilomètre ».

Donc plus il marche et mieux il est payé ! La rétribution officielle est de 6 centimes par km. Chaque facteur effectue sa tournée tous les jours de l’année, le dimanche compris, quel que soit le temps ou sa forme physique (s’il ne peut pas effectuer son travail, il est remplacé et n’est pas payé).
Cette course désespérée, calculée sur une moyenne kilométrique de quatre kilomètres par heure y compris les temps de distribution et de ramassage du courrier, dure toute sa vie professionnelle. Un facteur rural a parfois une tournée de 40 km …. A pieds, à dos de mule ou à vélo, il distribue, distribue et distribue encore ….. C’est un exercice professionnel épuisant et peu rémunérateur … A raison de 40 km/jour, le facteur gagne 2 francs 40 par journée, alors que le simple journalier, censé être en « bas » de l’échelle sociale, perçoit 3,50 francs par jour travaillé
Notre facteur se transforme également en ouvrier chargé d’entretenir et/ou d’installer les boîtes aux lettres dont il est responsable.
Enfin, il doit remplir une feuille sur laquelle figure le courrier à distribuer et l’emplacement du timbre à apposer pour chaque boîte aux lettres de la tournée. Cette feuille, signée du directeur dont il dépend, est appelée « PORT » et doit être remise à son bureau de poste pour chacune des tournées …
Sous le poids de ces contraintes, de nombreux candidats abandonnent en cours de route …


Chronologie « postale »

1830 : mise en place du service rural. Les campagnes sont désormais desservies par le facteur à raison d’une distribution tous les 2 jours. Tournée quotidienne à partir de 1832.

1854 : pour inciter les Français à utiliser le timbre-poste, il est créé une prime à l’affranchissement qui correspond à une réduction sur le prix du port à condition que la lettre soit affranchie par l’expéditeur.

1870 : pendant le siège de Paris, par les Prussiens, les Parisiens tentent de communiquer avec la province. Ils lancent des ballons montés, utilisent des pigeons porteurs de dépêches. C’est aussi l’année d’apparition de la première carte postale.

1873 : suppression de la poste aux chevaux.

1874 : création de l’Union générale des postes, formant un seul territoire postal pour l’échange des correspondances entre les pays qui y adhèrent. Cette union prendra le nom d’Union postale universelle en 1878.

1879 : création du ministère des postes et télégraphes.

1881 : création de la Caisse Nationale d’Épargne.

Le facteur est le symbole administratif et humain d’une notion forte promue par la République :
l’unité du territoire.

En effet, il est celui par lequel l’uniformité du territoire et l’égalité d’accession au service de l’État se révèlent : partout, à la ville comme à la campagne, sur les îles comme sur le continent, le facteur fait sa tournée.
L’accroissement du travail du facteur est indissociable des progrès de l’alphabétisation et de la croissance économique qui entraînent une forte augmentation des échanges épistolaires et commerciaux nécessitant un renforcement des effectifs :

  • 5 000 facteurs en 1830
  • plus de 25 000 en 1900
  • et quelque 38 000 en 1950

Jean-Baptiste Vié a donc rejoint la cohorte des « hommes en bleu »

Et oui, si l’emblème, les boites aux lettres et les voitures de la poste d’aujourd’hui sont jaunes,
la couleur de la poste de jadis était le bleu


Mis à part sa période sous les drapeaux, Jean-Baptiste n’aura guère quitté sa région dont il aura travaillé la terre avant de l’arpenter jour après jour, distribuant lettres et missives imperturbablement, quel que soit le temps … Occultant la peur et les dangers qu’il y a encouru, racontait-il peut-être, le soir au coin du feu, fatigué d’avoir tant et tant marché, les paysages, les sons et les odeurs de l’Afrique qu’il avait elle aussi parcourut … sous un autre uniforme.

Je n’ai pas encore trouvé son acte de décès
Et suis bien en peine de vous dire si son fils Jean fut ou non enfant unique …

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Une réflexion sur “FACTEUR EN 1880 … À NAILLOUX

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