L’incontournable rendez-vous ancestral, tel que l’a imaginé Guillaume Chaix, consiste à rencontrer fictivement un de nos ancêtres en son temps et sur son terroir … A quelques jours de Noel, c’est la date du 25 décembre qui m’interpelle… Loin dans le temps et loin de ma terre d’adoption.

Un patronyme à foison
MARTIN
Une vie ordinaire de
laboureur
C’est au cœur de l’Isère, dans les terres froides que j’arrive dans la petite commune de Bizonnes.
Ici le climat est rude, comme le sont les bizonnois. Perché à 630 mètres d’altitude, leur petit hameau de 11 km² inscrit dans une zone de collines prolongeant vers le massif de la Chartreuse est balayé par le vent en été et ensevelit sous la neige l’hiver. Les jours de gel, de neige et de brouillard y sont nombreux… Un bourg rural où la terre est avare de récolte.
C’est ici que vivait Joseph MARTIN, laboureur de son état
Mon Sosa 970
25 décembre 1780
A mon arrivée à Bizonnes, ce ne sont ni le père Noël ni l’enfant divin qui m’accueillent … Mais la Grande Faucheuse… Elle est là pour emporter Joseph.
Fils de Maurice et Marguerite Vittoz, Joseph, 3ème né des quatre enfants que j’ai répertorié à ses parents naît vers 1700 dans le petit village de Bizonnes.

Enfant de la terre, Joseph grandit au rythme des saisons, apprenant auprès de son père, dès sa plus tendre enfance à manier la charrue, soigner les animaux et participer aux travaux dans la ferme familiale. Sa vie comme celle de son frère et de ses sœurs est rythmée par le travail, la messe dominicale et peut-être les fêtes paroissiales qui sont sa seule distraction.
« Dis moi Joseph, avant que tu ne partes, est-ce lors d’une fête que tu rencontres Magdeleine ? »
« Magdeleine est originaire de Saint-Siméon-de-Bressieux, à 23 km de Bizonnes, nous avons fait connaissance lors d’une foire où elle accompagnait son père. De 9 ans mon ainée, je l’ai trouvée très « femme » et elle m’a plu toute de suite … Un mariage d’amour »
Magdeleine apportera sa modeste dot, quelques draps, un coffre avec deux robes, quelques ustensiles nécessaires à la cuisine, et la promesse de travailler la terre ensemble et de donner des fils à son amoureux.

Et l’église de Bizonnes se remplie … Les parents du futur marié accompagnés de leur fille Georgette, peut-être du benjamin Ferréol … Manque juste le fils cadet, François, décédé trois mois plus tôt.
« En ce 3 juillet 1718, Joseph MARTIN et Madhelene DREVET, de ST-SIMEON, ont receu la bénédiction nuptiale, en présence de Pierre PALLIET et Jean CHARPENET. » FURIN, curé
« Après avoir festoyé avec nos parents et amis, nous avons rejoint ce qui sera notre demeure, notre ferme qui va nous abriter et nous nourrir … Je fais passer à mon épouse, dans mes bras, le seuil de la grande porte en bois qui s’ouvre sur la pièce qui occupe les deux tiers du logis, là où Magdeleine va cuisiner et filer, là où nous prendrons nos repas face à la grande cheminée garnie d’un chaudron en fer, d’une poêle et d’un trépied … Je me souviens encore de ce moment » me chuchote Joseph.
La nuit de noce fut suivie 9 mois plus tard de l’arrivée de Claudine. deux ans plus tard, Le 16 février 1722, naissait Françoise, ma Sosa qui sera suivie du seul garçon de la fratrie, Pierre en 1724 et de deux autres filles Benoite en 1729 et Marianne en 1733.
Sept à table

Les repas étaient frugaux, composé de pain, de soupe et des légumes que Magdeleine faisait pousser dans le petit potager de la maison … L’hiver, Magdeleine préparait des soupes plus épaisses, qui réchauffaient les corps et rassasiaient les estomacs de la maisonnée … Quelques fois, un morceau de viande apportait un peu plus de saveur au repas.
La vie s’égrène au rythme des saisons …

Au printemps les semailles, en été le foin, et le soin aux récoltes, dès l’automne, moissons et battage et l’hiver réparation des outils, et soins aux bêtes.
Dès très jeune Pierre le seul fils de Joseph est à ses cotés pour l’aider, tandis que les filles secondent leur mère à la maison et au potager … Chacun et chacune apprend ainsi les gestes de sa future vie d’adulte … Les hommes aux champs et les femmes au foyer et aux enfants…
Les hivers sont durs, et les étés parfois capricieux, mais la résilience et la solidarité familiale permettent de passer les épreuves et de vivre, même si par temps de mauvaise récolte il est parfois juste question de survivre en attendant une meilleure année.
Une vie simple, parfois dure et toujours laborieuse … Travailler la terre, tenir sa maison et transmettre ce savoir aux enfants, telle était la destinée de Joseph et Magdeleine… Jusqu’à leurs derniers souffles de parents.
Dans un murmure, Joseph me dit alors son plus grand chagrin …
« Magdeleine m’a quittée, nous a quitté en 1754, le 29 mars, c’est notre bon curé, celui-là même qui nous avait marié et baptisé nos enfants, qui a procédé à la cérémonie … j’étais alors totalement anéanti »
Magdeleine fut porté en terre le lendemain : « « Le trentième mars mille sept cent cinquante quatre, a esté enterré, dans le cimetière de cette paroisse, Magdelaine DREVET, épouze de Joseph MARTIN, décédée d’hier, agée d’environ soixante cinq ans, dans la participation de notre mère, la Sainte église ; témoins à sa sépulture, George BRISSAUD et Thomas LETY, signés avec moi. » FURIN, curé.
Ce triste Rendez-vous Ancestral se déroule 26 ans après le départ de Magdeleine, le jour de Noël
… Nous sommes le 25 décembre 1780 …
Dans un dernier souffle Joseph m’assure qu’il a « bien garni, hier soir, la cheminée de la grosse buche requise pour la veillée de Noël,» … Et qu’elle brule encore … Il sent depuis sa couche sa chaleur réconfortante…
Puis il ferme définitivement les yeux
heureux de rejoindre enfin celle qui fut sa compagne
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En ce 25 décembre 1780, jour de fête religieuse hautement symbolique,
Joseph s’éteint à l’âge de 80 ans environ.
Il sera inhumé le lendemain dans sa paroisse de Bizonnes

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Je vous souhaite un très
Joyeux Noël

Que le gros bonhomme rouge soit généreux avec vous et dépose plein de nouveaux ancêtres à la cime de votre arbre.
A l’année prochaine 🎄
Un beau portrait et un texte plein de chaleur et de tendresse malgré le triste contexte de ce rendez-vous. Joyeux Noël à toi.
Merci Hélène, passe de bonnes fêtes de Noel et de fin d’année
Bonnes fêtes de fin d’années 😊
Merci Stéphane, à vous aussi bonnes fêtes
Triste Noël mais, toutefois, empli de chaleur. Je souhaite également que le Père Noël t’offre de nouveaux ancêtres.
J’ai aussi une ancêtre décédée le jour de Noël. Ça doit être terrible à vivre pour la famille.
C’est pourquoi il faut passer de belles fêtes tant qu’on peut ! Joyeux Noël 🎄
Malgré le froid de la mort, on ressent la chaleur du feu dans la cheminée.
Joyeux Noel Marie
Bravo pour ce joli billet en clôture de ton année généalogique 👏👏 Joyeux Noël et bonnes fêtes de fin d’année à la petite famille 😊
Joyeux Noël Béatrice
On ressent toujours comme une forme d’ injustice d’avoir une mort dans la famille à Noël. Ce n’est jamais, pour notre imaginaire, dans l’ordre des choses