UN RDV ANCESTRAL … ÉPISTOLAIRE

Amador AVILES
Mon arrière-grand-père Espagnol

Le « pépé Avilès » de mon père … A qui dans le cadre de ce RDV Ancestral j’adresse cette missive en guise de  rencontre  dans son époque … Même s’il ne la reçoit jamais

Bien que je crois fermement qu’il est en train de la lire …
Invisible et penché au-dessus de mes épaules

DIS DONC GRAND-PAPY … J’EN APPRENDS DE BELLES !!!

Il aura fallu que je mette enfin la main sur ton dossier de naturalisation pour valider ton mariage avec « mamie Toutou » Luisa SANCHEZ … Le 20 mai 1911 à Madrid … Quatre mois avant la naissance de votre première fille … Ma mémé Loulou, prénommée comme sa maman, et née le 20 septembre

… 4 MOIS …

4 mois grand-papy !!!  … Un peu court pour une grossesse n’est-il pas ??
4 meses abuelo !!! … Un poco corto para un embarazo ¿no ?

Quand je vais dire ça à papa !!!
Lui qui a épousé maman … 46 jours avant ma naissance

Dis-moi, est-ce pour ça,
ce mariage un peu précipité pour laver l’honneur de ta belle, que vous avez
émigré en France ?? Laissant derrière vous parents et fratrie ??

Voilà qui expliquerait la légende qui t’entourait :
« Il a enlevé sa femme pour l’épouser »


L’immigration des Espagnols vers la France existe depuis la fin du XIXe siècle, surtout dans les régions frontalières. Ils travaillaient essentiellement comme journaliers agricoles dans le Midi, et dans l’agriculture ou l’industrie dans le Sud-Ouest. D’autres habitaient déjà les zones urbanisées et industrialisées des Bouches-du-Rhône, du Rhône et de la Seine, mais en bien moindre proportion…

Tu fus de ceux-là grand-papy, de ceux qui allèrent droit sur Paris … Paris où tu t’installas 10 rue Cassette dans le 6°, avec ta femme et ta petite fille… Aujourd’hui c’est un hôtel 4* … Je pense que ce n’en était pas un de ce standing quand tu y débarquas avec femme et enfant …

Tu passeras une pleine année à cette adresse, avant de t’installer pour deux ans au 9 rue Visconti … Pour enfin poser tes valises, les vôtres, Amador junior est né entre temps, 30 rue Grégoire de Tour où tu vivras au moins jusqu’au mariage de ta fille en 1932 …

Papa t’a connu vivant 176 rue de la Convention, en 1939 et quelques années suivantes dans ce XV° arrondissement où je passerai moi aussi une dizaine d’année … Vous y auriez été logés au rez-de-chaussée

La Première Guerre mondiale constitua un véritable accélérateur de l’émigration espagnole, leur nombre passa de 106 000 à 255 000 entre 1911 et 1921. L’Espagne ne participa pas au conflit, mais en profita pour vendre des produits agricoles aux belligérants, ce qui entraîna une augmentation des prix dramatique pour la population …

 Même si ta famille était probablement à l’abri de la famine … Un père charpentier, le tien de papa, était en capacité de faire face financièrement pour nourrir sa famille … Tu quittas ta patrie de naissance pour une France en plein chaos meurtrier, en 1915

Réformé du service militaire en Espagne, dès ton arrivée dans ce qui sera ta nouvelle patrie, tu participas à l’effort de guerre en travaillant dans les usines de la Société de Constructions Aéronautiques d’hydravions « Lioré et Olivier » …

A la question :
« A-t-il rendu quelques services à la France ? »

… L’histoire nous apprendra que tu feras bien plus que ça en 39/45 …

Ce ne seront ni ton temps, ni ton patriotisme, ni ta force que tu
donneras à ton nouveau pays mais ton fils …
Ton unique enfant mâle … Mort au combat


Petit ébéniste Espagnol, débarqué en France à 24 ans … Quinze ans après ton arrivée, tu seras naturalisé Français ainsi que ton épouse et tes deux enfants, le 31 janvier 1929 par décret n° 1761-29 paru au JO du 10 février 1929 … Né Espagnol, te voilà à 38 ans, devenu Français.

Ton dossier de naturalisation m’aura permis de te connaitre un peu mieux, de mettre un nom sur tes parents et grands-parents … De comprendre enfin, un peu de ton histoire …

Toi que je n’ai pas connu
Toi dont papa garde un affectueux souvenir

Pas de photo dans ton dossier
Juste ton écriture, est-ce seulement la tienne ?
et ta signature

Grand-papy, ne m’en veuille pas de t’abandonner, mais je vais inscrire Francisco et Inez, tes parents dans l’arbre de notre famille … qui s’étoffe ainsi de leurs noms … et de ceux de tes grands-parents

Ceci fait, j’irai imprimer pour papa ton dossier … Il y trouvera plein de détails sur toi … Qui j’en suis sure, le raviront … Lui qui t’aimait tant

PS : Papa m’a dit que tu n’as jamais su faire de vélo

Ton arrière-petite fille
Véronique

6 réflexions sur “UN RDV ANCESTRAL … ÉPISTOLAIRE

  1. Lorsque l’on voit la signature : il est sûr que la demande n’est pas de sa main. Si l’on considère les dates de mariages et celles du premier(e) né(e) on constate qu’il y a beaucoup de prématurés ( sic!). Mon père instituteur-secrétaire de mairie disait que cela ne faisait que hâter les démarches de mariage d’ailleurs mon frère ainé avait 3 mois d’avance. Maintenant à la mairie lors du mariage on fait inscrire sur le livret de famille les 2 ou 3 enfants que l’on a déjà eus . « De mon temps » on n’a vécu ensemble que mariés, notre  » ainée est née » 9 mois après mon doctorat et mon épouse s’est arrêtée de travailler tout en s’occupant beaucoup ( avec notamment les 2 suivantes). Ma grand-mère née avant 1900 , fille unique ,a été sollicitée par un « marieuse » pour épouser mon grand-père qui avait déjà sa propre « affaire ». Comme elle m’a dit  » on apprenait à s’aimer » . Mon père (leur troisième enfant) fut un petit dernier car ils étaient retournés à la foire internationale de Bruxelles où il avait fait leur voyage de noce. Ce qui valu à mon père le surnom de « chou de Bruxelles » mais à cette époque il était de bon ton de n’avoir plus de relations s. avec son mari et ma grand-mère en fut très honteuse devant ses amis !! Tel est l’évolution classique sur 4 générations .

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