Les rendez-vous ancestraux, Initiés par Guillaume Chaix nous propulsent dans le temps, à l’époque et à l’endroit où vivait celui de nos ancêtres qui nous interpelle chaque troisième samedi du mois.

Me voilà en ce jour
apostrophée par un ropemaker
de ma branche protestante
Johannes WAGNER
Né, marié et décédé à Mulhouse, Johannes Wagner vivra donc toute sa vie dans ce Mulhouse -protégé par des murs d’enceinte et entouré d’eau-, allié aux cantons suisses, avant son rattachement à la France en 1798…. Pour lui, ce n’est sans doute pas à Mulhouse qu’il vit mais à Mülhausen, « les maisons du moulin »
Ce sont donc, une fois de plus des actes à traduire qui vont guider mes pas à la découverte de Johannes … Actes issus des registres de la paroisse réformée de langue allemande de Mulhouse …. Que du bonheur en perspective 😥.
Johannes WAGNER, cordier de son état
Peter et Anne Brunner , les parents de Johannes (Hans) se sont mariés à Mulhouse dont ils sont tous deux originaires. Les épousailles furent célébrées le 8 mars 1618 … Très vite, un premier fils leur nait … Wybrand, arrivé le 1er janvier 1619, 10 mois à peine après les noces… Catharina parait dans le foyer parental en 1621 suivie de Johannes en octobre 1623, troisième des cinq enfants que j’ai répertorié à ses parents. Suivront deux autres filles, Anna Maria et Barbara.

Le petit Johannes sera baptisé le 12 octobre 1623 … Comme le veut la tradition il aura, étant un garçon, deux parrains Kilian Stadler et Georg Bisecker, der jünger (Georg Bisecker, le jeune) et une marraine, Catharina Schmiderin.
De l’enfance et la jeunesse de Johannes, je ne sais rien … Fils et petit-fils de chapelier (hatter) pour sa branche paternel et petit-fils de séranceur (celui qui peigne le lin) pour sa branche maternelle, il baigne dans le textile… Sa famille fait partie de ce qu’on appelle les « bourgeois » de Mulhouse.
Je retrouve Johannes le 23 juin 1645, où il épouse celle qui lui donnera 9 enfants, Barbara GSCHMUSS, sa cadette de deux ans… Comme ses parents l’ont vécu avant lui, Johannes sera père 9 mois après ses épousailles … Hans, mon Sosa, naitra 5ème de la fratrie le 4 décembre 1653… La famille créée par Johannes et Barbara est solidement implantée dans la république indépendante de Mulhouse.
Johannes y sera Sexvir de la tribu des Boulangers en 1677 et zunftmestre en 1690… Il faut que je lui demande ce que cela peut bien signifier …
« Bonjour mon cher Johannes, je me doutais bien que tu étais de la tribu des boulangers, celle-ci regroupant outre les boulangers eux-mêmes,, les meuniers, les aubergistes,
les cordiers et les barbiers… Hé oui, cher ancêtre, j’ai traduit ton état,
ropemaker signifie cordier … J’ignore par contre ce qu’est
un Sexvir au sein d’une tribu »
« Qui es-tu donc pour te permettre de m’interroger ainsi ? »
« Je me présenterai volontiers, mais me croiras tu si je te dis que je suis
ta descendante à la douzième génération ? »
« Etant aujourd’hui d’humeur plaisante, je veux bien faire foi à tes balivernes et satisfaire ta curiosité … Je suis donc Sexvir de la tribu des boulanger, ce qui signifie que j’y occupe un rang d’importance … Je suis membre d’un collège de six personnes au sein de cette tribu
Et avant que tu ne le demandes, j’ai atteint le grade de zunftmestre de mon métier … En termes à ta portée, Je suis « mestre de guilde* » depuis cette année 1690 »
* Le maitre de guilde est un artisan
arrivé au niveau le plus accompli de sa corporation.
En cette année 1690, Johannes est marié en secondes noces avec Margaretha RÜEDT, depuis huit ans déjà. Sa première épouse, mère de ses enfants, est décédée à 56 ans en l’an 1681. Son fils Hans, mon Sosa 3 104 est marié, père de famille et cordonnier, admis à la tribu des bouchers …
Je prends congé de mon si lointain ancêtre, sans manquer de le féliciter d’être arrivé au sommet de son art … Il lui reste trois enterrements de proches sur les douze ans qui le sépare de la fin de sa vie … Je me garde bien de l’en informer.
Johannes, avant de rendre son dernier souffle le 5 septembre 1702, enterrera deux de ses fils dont Hans … Et sa seconde épouse, partie quelques mois avant lui, le 23 mars 1702….
Décédé à l’âge fort honorable de 79 ans mon cordier
dont l’emblème officiel de son métier est constitué
d’une pelote, d’un râteau, d’une manivelle et d’une flèche
J’ai de prime abord été très étonnée de me trouver un ancêtre cordier si loin des rivages maritimes où les cordages sont si nécessaires aux pêcheurs.
Focus sur le très ancien métier de CORDIER
Dont les statuts de la corporations remontent au 17 janvier 1394.
Le plus souvent, les cordiers se rencontrent dans les régions productrices de chanvre (ou de lin), or, en Alsace, tout autour de Mulhouse, on cultive le chanvre … Qui fournit la matière première aux cordiers, et le marché est florissant car, parmi les principaux clients, figurent les bateliers au fort potentiel économique dans la cité…
Nombres cordiers – et plus tard corderies- sont également présents dans les régions maritimes … Grandes utilisatrices de cordages à bateaux.

Du chanvre à la corde
Avant que le cordier ne fabrique ses cordes, l’ouvrier séranceur ( tel le grand-père maternel de Johannes) peigne les fibres de chanvre au moyen d’un séran (sorte de peigne en bois à plusieurs rangées de dents métalliques).
Une fois les fibres de chanvre prêtes :

commence le travail du cordier qui fabrique les ficelles, cordes et câbles avec du chanvre… du lin et plus tard du coton.
Le filage, première opération, consiste à préparer les fils de caret Le cordier accroche des fibres au crochet d’un rouet à molettes. Tandis qu’un tourneur actionne le rouet, le cordier recule au fur et à mesure et enroule les fibres en les déposant de façon régulière sur des chevalets ;
Ensuite, vient le câblage qui consiste à enrouler plusieurs fils de caret entre eux afin de former un toron. Et enfin, plusieurs torons enroulés entre eux font alors une corde qui selon sa destination peut être imperméabilisée avec de la graisse animale.

Lorsque les torons commençaient à vriller, c’est le cordier qui poussait le toupin vers le rouet tandis que son aide, ou son apprenti tournait le crochet du carré dans le sens opposé à la première tension, ainsi la corde ne se détordait pas… Il était très important de donner une bonne tension aux fils.
La corde apparaissait derrière le toupin au fur et à mesure des torsions. Une fois la corde terminée, il faut réaliser les tressages de finitions appelés les épissures. Pour cela le cordier détresse l’extrémité de la corde pour retresser les torons le long de la corde à l’aide d’un épissoir – une grosse aiguille de bois.-
Et enfin la corde est terminée … S’il est besoin de plus gros cordage, on peut torsader plusieurs cordes entre elles, on obtient alors des haussières ou des grelins. La corde de chanvre était utilisée dans la marine pour les voiles, les gréements, les ancres et les filets, les canons, ainsi que dans la construction pour les charpentes et les puits, dans l’agriculture, l’artisanat comme la tapisserie et la cordonnerie, et encore en médecine pour les pansements et les sutures.
C’était un élément essentiel de la vie quotidienne d’alors
et le rôle du cordier était de fait primordial…
La corde de chanvre décline au XXe siècle face à la concurrence des fibres synthétiques, plus performantes et moins coûteuses … Elle reste utilisée principalement dans les arts décoratifs … Que ce soit pour la navigation, l’armée ou l’industrie, les cordes naturelles ont cédées la place aux cordages synthétiques.

Un petit bonus …
Voici ce que j’ai trouvé pour « sexvir ». Il semblerait que ce soit du latin de sexe (six) et vir (homme), le 6e homme donc membre d’un directoire municipal de six hommes. À voir sur le site en anglais latinlexicon.org
👏pour l’article !
Merci Laurence …. Je vais regarder ça attentivement
Axé sur les fonctions et métiers ce RDVAncestral est fort instructif
Merci beaucoup Fanny
Merci pour cet article, moi-même qui ait des ancêtres cordier, à Bouxwiller, Bas-Rhin…
Merci Alain …. N’hésitez pas si vous avez besoin à piocher dans mon billet
Un article qui pourra servir à tous ceux qui ont des ancêtres cordiers.
Cet article m’a bien intéressée, car j’ai eu l’occasion de me pencher sur un ancêtre cordier à Marseille au XIXe siècle. Sans le connaitre, mon père en a hérité d’un intérêt pour les cordes, et j’en ai encore plusieurs.
Merci beaucoup Marie
Merci pour cette rencontre avec votre ancêtre et surtout pour tous ces détails apportés sur le métier de cordier. Si le sens m’en semblait évident, je n’avais jamais pris le temps de réfléchir ou de me renseigner sur la réalité technique de ce métier.
Merci beaucoup pour ce commentaire
J’aime beaucoup la structure de votre propre blog … et son contenu, ca va de soit 😉