Le rendez-vous ancestral … Un instant de généalogie-fiction qui nous propulse auprès d’un de nos ancêtres, au cœur même de son époque … En ce troisième samedi de mai, c’est un brandevinier qui attire mon attention …

Pourquoi toi, mon cher
Jean Cuny ??
Sans doute car je ne connaissais
pas ton métier
…
brandevinier tu es
De jean Cuny, je suis bien pauvre en renseignements … Sosa 786 … Je ne sais ni sa naissance ni son mariage … De ses parents, je ne possède que leurs noms et la profession de ton père … Distillateur d’eau de vie.
Il est d’une fratrie de trois …
Voici son noyau familial

Houdreville, petit village rural entouré de vignes et de tabac, de 541 gentilés en 1710 est votre commune de vie, à vous les trois enfants de Georges et Françoise … Tous les trois, au cœur de la Meurthe et Moselle, saurez lire et écrire, à tout le moins signer…

je t’ai trouvé mon cher Jean grâce à ta fille Anne, née en 1716 …. Tu as certainement convolé avant cette première naissance, avec celle qui te donnera cinq enfants, Jeanne Poirel… Et tu resteras, ainsi que tes enfants, ancré à cette terre Houdrevilloise, sise à 25 km de Nancy
Facétie généalogique, je suis en possession des acte de naissance de quatre de tes enfants … Le seul qui me manque est celui de ma Sosa, ta fille ainée Anne 😔… Je ne la trouve que nommée dans une liste au beau milieu du registre des B., M., S. (1717-1770 -5 Mi 264/R 1) qui répertorie les naissances de 1701 à 1738 !!

Si je ne sais rien de ton enfance, je connais pour partie ta vie d’homme, ta vie de père …
Après votre première née en 1716, la petite Anne dont je descends, une seconde fille vous naitra en 1719, Barbe dont l’acte de naissance me donne ta profession … Brandevinier … A la naissance de votre troisième enfant – enfin un fils !!! prénommé Jean comme toi- tu es dit fabricant d’eau de vie…. Suivront encore deux fils nés respectivement en 1723 et 1726, Jean-François et Pierre.

Ainsi qu’il sera inscrit par l’instituteur (bien après ta disparition mon cher Jean) dans la monographie d’Houdreville,


C’est ainsi que tout naturellement les cinq enfants de Jean et de son épouse Jeanne seront baptisés à Houdreville dans la toute nouvelle église paroissiale Saint-Epvre construite en 1714, en remplacement de l’ancienne église romane.
Les filles de Jean et Jeanne (leurs fils aussi certainement) recevront le sacrement de la confirmation, preuve de leur éducation religieuse.

Aux cœur des vignes, tu exerceras ton métier jusqu’à ton dernier jour … Tes enfants à tes cotés passeront leurs jeunesses au plus près des vignobles … Il n’est en rien étonnant que ta fille Anne tombe amoureuse d’un vigneron. Elle convolera en 1747, avec Etienne Fevre … Tu n’es déjà plus là … Et tu ne connaitras donc pas ses enfants, tes petits enfants … Au nombre de sept
Jean Cuny s’est éteint en février 1743, non sans avoir reçu les saints sacrements

Il était âgé de « soixante et quelques années »
…………
Focus sur le métier de brandevinier
Houdreville est donc un village rural, entouré de nombres vignobles … Voilà qui pose l’explication de ton métier.

Jean Cuny est tour à tour brandevinier et fabricant d’eau de vie … Son père Georges CUNY était distillateur d’eau de vie… Professions qu’il ne faut pas confondre avec le bouilleur de cru qui n’est pas un métier mais un statut … Celui d’un propriétaire récoltant habilité à produire ses propres eaux-de-vie.
Définition de ce métier que je découvre
Brandevinier viendrait du néerlandais brandewijn (« vin brûlé »), lui-même de [ge]brand (« brûlé ») et de win (« vin »), qui a aussi donné le mot anglais brandy.
Emile Litté, auteur du dictionnaire éponyme donne la définition suivante du « Brandevinier » :
celui ou celle, qui vend du brandevin à la troupe
et aussi dans quelques provinces, celui qui fabrique de l’eau de vie.
Le brandevinier aux doigts noirs de moût, brûle le vin, distille l’alcool et fait la goutte… Il est attendu avec impatience auprès des troupes qui se réchauffent de brandevin … Cette-eau-de distillée avec savoir-faire, à partir du moult de raisin.

La confrérie de la distillation existe depuis la moitié du XVIIe siècle, sont concernés les limonadiers, vinaigriers, distillateurs, brandeviniers et marchands d’eau-de-vie…. Pour en être, il faut commencer par un apprentissage de trois à quatre ans chez un maitre distillateur… Pour ensuite s’installer et obtenir sa franchise, il est impératif de fournir sa lettre d’apprentissage .. L’apprentissage doit commencer très tôt, Les hommes mariés et ou âgés de plus de 22 ans ne peuvent plus être apprentis.
Les fils de maître qui ont été formés auprès de leur père. sont dispensés de fournir la lettre d’apprentissage … Le métier se transmet donc principalement de père en fils, le maitre n’ayant droit de ne former qu’un seul apprenti à la fois…. L’art de produire un bon brandevin, tiendrait dit-on, de l’allumage et de l’entretien du feu sous la chaudière et du choix du bois à bruler.
Une profession soumise à taxe … Sous l’Ancien Régime, elle fut d’abord perçue par le clergé et ensuite par le royaume de France… Un impôt spécial pour les fabricants d’alcool. Aboli à la Révolution, cet impôt a été rétabli* sous le règne de Napoléon Bonaparte en 1808… Il perdure aujourd’hui … Naturellement !!
* Napoléon accorde aux seuls bouilleurs de crus un droit de privilège
pour les dix premiers litres d’alcool pur distillés
Ci-dessous, un extrait d’une
chanson du métier



Merci pour ce voyage dans votre famille et la découverte d’un métier que je ne connaissais pas, en tout cas dans cette appellation là. Merci !
Merci pour la lecture et le commentaire … Je ne connaissais pas non plus ce métier avant ce rendez-vous 😉
j’ai connu l’alambic qui passait dans les villages, et pourtant le nord c’est pas une région portée sur l’alcool :-). On y distillait surtout de la prune.
Plein d’éléments grapillés pour notre plus grand plaisir et information
Très instructif et pas du tout alambiqué ce rendez-vous 😊
😂😂
Merci à ton ancêtre pour ce petit Brandy !
Intéressante leçon et bien joli croquis qui nous transporte dans un lointain cours de sciences 👏👏