Mariages des ans VII et VIII

du 22 septembre 1798 au 17 février 1800

Quand le séculier l’emporte sur le canonique…
Quand l’union sacrée devient contrat …

Le principe de l’état civil est officialisé par l’article 7 du titre II de la constitution du 3 septembre 1792 et sa mise en œuvre établie par le décret des 20 et 25 septembre 1792… Les registres d’état civil [Naissances, mariages et décès] sont confiés aux maires … Le mariage perd son aspect sacré et permanent et devient un acte – pacte, contrat – civil contracté en la maison commune (à l’Eglise ensuite si les époux le souhaitent, puisque les registres devenus « de catholicités » continuent d’exister en parallèle).

Les guerres et particulièrement le recrutement des « soldats » viendront restreindre un temps la prérogative des élus à la célébration des épousailles : La loi du 13 fructidor an VI, (30 août 1798) retire aux maires la possibilité de procéder aux mariages … Durant presque deux ans, Les maires continueront d’établir les déclarations de naissances et de décès, mais ils ne seront plus habilités à conclure les actes de mariage. Lesquels sont simplement transcrits sur les tables décennales de la commune d’un des époux.

Désormais on ne peut se marier qu’au chef-lieu de canton … Le dixième jour de la décade républicaine… Soit les 10, 20 et 30 de chaque mois … Trois jours durant lesquels les mariages s’enchainent les uns derrière les autres.

La raison d’état qui se cache sous cette interdiction ??

L’époque qui va de la Révolution à la fin de l’Empire se caractérise par des conflits armés presque permanents. Aussi, afin de donner toujours plus d’hommes à l’armée ,le 19 fructidor de l’an VI (5 septembre 1798) est votée la loi Jourdan- Delbrel qui instaure un nouveau mode de recrutement des soldats en lieu et place du volontariat : la conscription …

Laquelle envoie, en cette période, systématiquement au front
les malheureux « tirés au sort

Etaient exemptés les conscrits « hors d’état de soutenir les fatigues de la guerre », les hommes mariés et les soutiens de famille… Ainsi que ceux trop petits ou porteurs d’une infirmité.
On soupçonne alors les maires de petits villages de procéder à des mariages de complaisance afin de permettre aux jeunes hommes de la commune d’être dispensés de service militaire … Et donc de partir guerroyer, avec peu de chance d’en revenir, faute d’une réelle préparation à l’art guerrier.

Source : A.LEGOYT Les mariages en France de 1800 à 1860

Aussi, beaucoup ne se sont mariés que pour échapper à la conscription. Couples improbables de jeunes gens mariés avec des septuagénaires, « des folles ou des épileptiques » , plus souvent des jeunes gens et des femmes de plus de 10 ou 15 ans leurs ainées… Mariages de raison … Peur du feu des armes … Besoin de bras vigoureux aux travaux de la maisonnée …

Nombre de ces mariages blancs furent dissout par divorce … Les remariages étaient alors de véritables unions, avec des partenaires d’âges sensiblement égaux, et des naissances qui concrétisaient la consommation du mariage… Malheur à celui qui avait oublié son mariage fictif et qui tombé amoureux après le 8 mai 1816 ne pouvait plus convoler avec une autre … Pour cause d’abrogation de la faculté de divorcer.

Les actes de mariages de ces deux années particulières (An VII et An VIII)  sont donc à chercher dans les registres non pas de la commune, mais du chef-lieu de canton… Les divorces sont souvent mentionnés lors du second mariage du conscrit exempté.

Toutes les régions de France sont soumises à cette conscription
Ainsi on retrouve dans les registres des actes de mariages
pour le moins … tendancieux

Tel celui de François S. né le 03 aout 1783 à B*** commune de M*** marié en premières noces le 20 fructidor an VIII à ladite M*** qui était à cette époque le chef-lieu de canton … La promise a vingt ans de plus que son époux … De toute évidence le mariage fut blanc … Le divorce fut prononcé le 21 novembre 1810 et apparait très lisiblement sur l’acte du second mariage dudit François :

qui convola en secondes noces le 07 juin 1811 à S*** avec Marie C***
Avec qui il fonde une famille

Avez-vous de tels mariages dans vos généalogies ?

………

J’ai rédigé ce billet pour le compte de « Lou Péri Doc » parution de juin 2024
La conclusion a été anonymisée pour mon blog

 

2 réflexions sur “Mariages des ans VII et VIII

  1. Quelle époque ! Quand je pense que vos voisins voient notre révolution d’un regard romantique….humanisme et tout le tralala, le 19e siècle est vraiment champion pour récrire l histoire

  2. Sur le service Communes de FranceGenWeb vous trouverez identifié pour presque chaque commune le chef lieu dont elle dépendait en 1799. N’hésitez pas à compléter cette base en communiquant les compléments

Laisser un commentaire