Des hommes et des femmes d’église dans ma généalogie

…. Collatérale, il va de soi

J’étais en cours d’écriture d’un article sur les hommes d’église dans ma généalogie …

Quand des informations récentes, qui me viennent de la cousine de ma mère me font défaire mon plan et occulter un autre prêtre de mon arbre, pour finalement consacrer le présent article à la fratrie Jacquet …

Une fratrie toute entière dans les ordres
…. Une mort trop jeune
…. Un décès accidentel
…. Un choix déchiran
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Mon arrière-grand-oncle et son épouse
Ou l’histoire d’une fratrie entrée dans les ordres

Henri, Marie, Alphonse PENNEQUIN Peintre en lettres et fabricant d’enseignes, né à Nancy le 12 novembre 1888 et Marie Apolline BONHOMME, sans profession, auront 4 enfants dont 3 dans les ordres …. 4 peut-être, je n’ai nulle part trouvé trace de leur autre fille Renée, que je sais en vie en 1938 

Le couple Henri JACQUET et Marie BONHOMME se marie en 1919, le  27 décembre à Vandières, à 30 km de Nancy … Je suppose dans la commune de la jeune mariée … les bans ont été préalablement publiés le 06/12/1919 dans le journal de l’EST RÉPUBLICAIN : Marie-Alphonse Jacquet, fabricant d’enseignes, rue Charles III, 33, et Marie-Apolline Bonhomme, s. p., à Vandières….  Henri  a 31 ans

L’année suivante, en 1920,  naîtra leur premier enfant, une petite fille prénommée Anne-Marie, Charles Victorine …. Elle se consacrera aux ordres, et décédera jeune, à tout juste 18 ans

Il est probable que Renée, la seconde fille naîtra 2 ans plus tard …. Probable, mais non assuré, en tout état de cause, non vérifié … acte introuvable à ce jour

Puis viendront successivement Paul en 1925 et André, Robert en 1926 …. Qui tous deux entreront dans les ordres

Trois enfants dans les ordres

Trois destins tragiques


LA FAMILLE JACQUET EST CATHOLIQUE

Certains sont très pieux

La naissance de la vocation obéit à de nombreux facteurs dont certains peuvent trouver leurs origines au sein de la cellule familiale primaire … des parents dévots

et le second cercle familial, les oncles et les tantes, intervient comme autant de relais efficaces pour encourager la décision.

L’entrée en religion d’un frère ou d’une sœur peut provoquer un déclic chez les autres enfants de la fratrie…. A plus forte raison, lorsque un des enfants déjà entré en religion, supplie sur son lit de mort sa fratrie d’épouser l’église

…. Tel fut probablement le cas pour un des deux frères au moins
de la jeune Anne-Marie
La vocation du second frère, paraissant plus « spontanée »

En juillet 1954, deux prêtres, Paul et André Jacquet – les neveux de mon arrière-grand-mère – organisent la première colonie de vacances pour le Petit Séminaire de Nancy

Les deux sont hommes d’église, poussés à la vocation par leur sœur aînée, elle-même carmélite, la pieuse et très jeune Anne-Marie qui ne survivra pas à la vie rude du couvent, succombant à une pneumonie à 18 ans à peine … le 27 mai 1938

André, le benjamin, était déjà au séminaire en mai 1938, lorsque sa petite sœur décède, Paul l’y rejoindra …


Les deux frères prononceront leurs vœux
dans la magnifique cathédrale de Nancy

Et commencera leur vie d’hommes d’église

Alors que leur petite sœur n’est plus

Le destin et la vie des deux frères prendront des tournures différentes


André, le benjamin de la fratrie

Qui était déjà au séminaire avant le décès de sa sœur, la jeune carmélite, consacrera sa vie aux jeunes gens, via une association dédiée au séminaire de Nancy, puis élargie à tous les enfants … Il sera secondé dans un premier temps par son frère Paul

Le Domaine Notre-Dame du Trupt

En juillet 1954, deux prêtres, Paul et André Jacquet – les neveux de mon arrière-grand-mère – y organisent la première colonie de vacances pour le Petit Séminaire de Nancy … Sur le site internet dudit domaine du Trupt, on peut encore voir l’empreinte qu’y a laissé André :

« Le nom du Père André Jacquet, fondateur de l’Association,
est indissociable du Domaine Notre-Dame du Trupt :
pendant des années il a donné un corps et une âme au Domaine »

Dans les archives de l’association, restent les écrits d’André, qui y conte l’histoire du domaine, intimement mêlée à la sienne propre … Je vous en livre de larges extraits :

En 1953, je deviens responsable de la colonie de vacances du Petit Séminaire.

Avant la guerre les locaux anciens de cette colonie étaient situé à Vexaincourt, au lieudit « La chouette ». Pendant la guerre, ces locaux sont détruits.

La colonie du Petit Séminaire est alors installée à Saussenrupt…. Je fonctionne dans cette propriété en 1953 et 1954.

A la fin de 1954, le secrétariat de Jeunesse et Sports ordonne la fermeture ….

En 1955, Monseigneur Huet me confie la propriété de Notre-Dame du Trupt.(…) elle servait de colonie à la paroisse Saint-Georges de Nancy. En devenant curé de Saint-Epvre, M. le chanoine Brigué donne sa propriété de Bionville à l’Evêché pour qu’elle serve à une paroisse démunie de locaux de vacances.

La paroisse St-Georges, devant l’ampleur des travaux à réaliser pour la rendre conforme aux exigences de Jeunesse et Sports, renonce à cette propriété.

C’est ainsi que je deviens responsable (…), l’Evêché demeurant le propriétaire légal (…)

A l’époque de la première occupation, je recevais la gestion d’une colonie d’une capacité de 40 colons.

Seule en effet n’existait que la maison principale, ancienne scierie, mais dans quel état ! Toiture très vieille, pas un seul volet, pas d’eau courante, pas de douche, aucun matériel de cuisine ni de réfectoire, murs de la maison en grande partie de bois.

Il fallait alors se mettre à l’œuvre.

Dès 1955, nous construisons une petite chapelle, bâtiment en bois de 36 m².

En 1956, nous ajoutons une salle de jeux, bâtiment en bois de 54 m². D’année en année, nous aménageons l’intérieur de la maison principale : eau chaude et froide sous pression, douches, électricité, remplacement des murs de bois par des agglos, entretien et réfection de la toiture, etc.

En 1959, avec l’aide de l’équipe de maîtrise et quelques parents de colons, nous construisons deux nouveaux dortoirs en bois(…), nous doublons ainsi notre capacité d’accueil.

En 1960, c’est l’achat et la construction du bâtiment du personnel. En 1961 et 1962, nous ajoutons un bloc sanitaire à chacun des deux grands dortoirs.

En 1961 également, à l’aide des deniers propres de la colonie, nous achetons notre sapinière, le propriétaire légal demeurant l’Evêché de Nancy.

(…) Dès 1961, j’avais commencé à ouvrir les portes de la colonie aux enfants de Malzéville.

C’est aussi à partir de cette date que l’équipe de Touche à Tout (TAT) de la paroisse St-Martin s’est largement investie, avec les équipes d’animation, les parents de colons, les amis … dans ce qui allait devenir le Domaine Notre-Dame du Trupt.

1964 : à l’occasion du 10e anniversaire, construction d’une salle de veillée au bord de la Plaine.

1969 : on adjoint un préau à la salle de veillée pour les activités par temps de pluie.

1970 voit commencer l’ère de la reconstruction des bâtiments en dur. (…) Des box de 8 lits qui ne tarderont pas à être transformés en chambres de 3 à 6 lits, remplacent les dortoirs de 48 lits et on construit encore d’autres locaux :

  • 1970 : Les Belettes…
  • 1971: Les Biches…
  • 1972 : Les Cigognes…
  • 1973 : Les Mésanges…
  • 1975 : Les Écureuils…
  • 1976 à 1978 : (…) drainage des terrains, câbles électriques en souterrain et nouvelle distribution d’eau.
  • 1979 : il faut remplacer le matériel de chauffe de la cuisine par des fourneaux plus gros, plus pratiques. On commence à installer le chauffage dans les locaux.
  • 1982 : nous manquons de salles d’activités, nous achetons un terrain voisin et nous construisons les Piverts.
  • 1983 : une occasion se présente, on installe un bâtiment préfabriqué qui servira d’infirmerie et de chambres de soins : Les Pinsons.

Ainsi, durant près de 30 ans, le père André Jacquet, mettra sa foi au service des enfants, tout à la fois prêtre, animateur, professeur, intendant, homme à tout faire ….

Il tiendra ce « journal » d’activité du domaine scrupuleusement, donnant les détails des travaux, de leurs coûts, et de leurs avancements, rapportant fidèlement les activités des enfants et le travail d’encadrement des moniteurs/animateurs et ce jusqu’en 1983 … Il a alors 57 ans

Une vie de prêtre, toute dédiée aux enfants

Dès 1964 Paul puis André Jacquet se sont rapprochés de la Paroisse Saint-Martin de Malzéville c’est l’âge d’or des colos où l’on va car ses parents y sont allés …. 70 enfants de la session de juillet viennent de la seule commune de Malzéville

1968 : révolution à « Notre Dame du Trupt » André Jacquet devenu seul responsable, (on verra que Paul est parti) introduit contre l’avis de toute l’équipe de maîtrise composée alors uniquement de grands séminaristes… 2 « monitrices » pour s’occuper des plus jeunes et par ailleurs un moniteur qui n’avait pas été séminariste. Épilogue : 3 ans plus tard le moniteur épousait une des deux monitrices

André Jacquet, sous sa soutane
aura fait basculer la colonie de vacances dans l’ère moderne …

Sous l’impulsion d’André Jacquet, La colonie de vacance devient une association dès 1972, avec un assouplissement des règles de fonctionnement

André Jacquet crée l’Association Notre Dame du Trupt le 20 mars 1972 avec un double objectif : partager plus officiellement les responsabilités avec en tête le souhait de pérenniser la structure, mais aussi de pouvoir accéder à des financements publics notamment de la CAF et du Conseil Général.

Outre l’Association du Trupt, André Jacquet animait aussi une autre association, « Les Amis de l’Europe » qui avait pour objectif depuis 1964 d’emmener des adolescents en bus découvrir un pays …

17 août 1984

Cette année-là, 54 jeunes étaient sur les routes de Tunisie
lorsqu’un camion dérape et vient heurter de plein fouet l’autocar.

André Jacquet et une Animatrice sont tués dans l’accident

André JACQUET avait 58 ans
….. L’association « les amis de l’Europe » est dissoute


Paul, le père ….


…. Qui sera père

Dès ses vœux prononcés, Paul comprendra que devenir curé, avoir une paroisse n’est pas ce qu’il désire … Il veut vivre sa foi différemment 

Par le biais de l’enseignement …

Aussi, deviendra-t-il professeur au séminaire de Nancy

Prêtre et professeur

Paul est professeur, mais il est aussi une précieuse aide pour son benjamin, qu’il épaulera toute sa vie dans sa vocation auprès des enfants

C’est en effet ensemble que les deux frères, les deux pères, créeront la colonie de vacances à laquelle André a sacrifié toute sa vie … Paul lui aura été une aide et un allié précieux

…. et ce travail accomplit à deux leur aura permis de ne pas couper leur relation familiale, de rester en contact. Si les facteurs familiaux favorisant les entrées en religion sont divers et nombreux, leurs conséquences sont une rupture avec leur famille, imposée par des pratiques strictes de se consacrer exclusivement à la foi … Paul et André auront réussi à conjuguer noyau familial et foi

L’enseignement et la construction du domaine du Trupt
ne suffisent pas à Paul pour s’épanouir

Sa vocation vacille
Quand bien même sa foi demeure

Il demandera à être relevé de ses vœux par le pape

A dater de cette requête, il cessa l’enseignement, sans pour autant quitter le séminaire auquel il était encore attaché … On lui assigna un nouveau poste : responsable des finances et de l’intendance

Ce n’est qu’une fois relevé de ses vœux, que Paul quittera la Lorraine …. En quête d’une vie laïque, il convola en 1969, avec la bénédiction de l’église, puisque son mariage civil sera suivi d’un engagement religieux ….

Peu après son mariage
Il devint père … au sens héréditaire cette fois

Tout au long de sa vie, il conserva sa foi intacte … Il reviendra en Lorraine au décès de son frère André, pour prendre la direction de la colonie, devenue association, dont il était un des pères fondateurs

Il s’éteindra à Nancy, dans la 88ème année

Ainsi vécurent et moururent les enfants de mon arrière-grand-oncle
… au sein de l’église

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4 réflexions sur “Des hommes et des femmes d’église dans ma généalogie

  1. Bonjour. Tout d’abord, bravo, pour ce travail.
    André, Paul et Anne-Marie sont tous les trois nés sur Nancy. Comme vous dîtes ne pas avoir trouvé d’informations sur Renée. J’ai fait quelques recherches et j’ai trouvé une René, Jacqueline, Marie, Jeanne JACQUET, née à Nancy, le 6 septembre 1922 et décédée le 23 juillet 2002 à Maxeville (54). Pour confirmer qu’il s’agit bien de la bonne personne que vous recherchez, je vous conseille de demander l’acte de naissance et l’acte de décès. Bien cordialement.

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