Zut, il n’a pas de fille

Pas de chance pour le titre de ce rendez-vous ancestral … J’aurai tellement aimé écrire : rendez-vous avec «  (…) » … Tant pis, je vais quand même rencontrer fictivement Alexandre, un oncle à la 4ème génération.

Fils de mes Sosa 62 et 63

Alexandre Isidore Leroy
qui n’a engendré que des fils

M’interpelle en ce jour de #RDVAncestral

Alexandre est le frère de ma Sosa 31 … Ma petite Rose aux amours multiples – Quatre époux – que je vous ai contée en février 2023.

Alexandre Isidore et Rose sont les deux seuls enfants que j’ai répertorié à leurs parents, Alexandre Joseph et Rose Victorine Pottier … Alexandre ne sera pas berger comme l’était son grand-père, ni vigneron comme ses arrière-grands-parents, il ne sera pas non plus charretier comme son père…

Né à Quincy-sous-Sénart où ses parents ont convolés deux ans plus tôt, Alexandre Isidore est venu au monde le 10 avril 1872, un an après les terribles combats de la commune… Il restera enfant unique sept ans, avant que sa petite sœur ne vienne compléter la famille en 1879.

« En 1892, au bureau de recrutement de Melun, alors que j’habite Brunoy, je tire le n°81 … Bon pour le service !!! Je porterai le matricule 540 … Comme tu peux le constater sur ma fiche matricule, je suis plutôt pas mal (🧐) un beau gosse de 20 ans, châtain au yeux châtain (ha les couleurs sous la plume militaire) d’un mètre 68 pourvu d’une éducation primaire »  Terrassier de son état. »

Alexandre Isidore a tout juste vingt ans … Je ne le retrouve que 5 ans plus tard, au jour de ses noces à Melun, le 14 aout 1897, où il prend épouse sitôt libéré de son service militaire.

C’est en présence de ses parents et de ceux de sa promise, la très jeune  Berthe Ernestine GOUBERT, âgée de 15 ans, que la noce aura lieu, non sans qu’au préalable les mariés aient apposés leurs signatures au bas de l’acte de mariage.

« Malgré le jeune âge de mon épouse, très vite nous avons fondé notre famille … Regarde j’aurai quatre  fils … André, Alexandre l’ainé en 1898, suivi de René Maxime en 1900, puis de Marcel Ernest Joseph … Lui le pauvre petit nous est venu le 13 décembre 1901 et nous a quitté le 15 du même mois … Alors, nous avons eu un petit dernier baptisé presque pareil, Marcel Ernest Georges né en 1902 »

« La guerre de 14/18 viendra semer la mort parmi nos connaissances, la peur sur notre famille et nos voisins … Tu connais les ravages de cette période … J’en suis revenu sain et sauf auprès des miens … Mis en congé de démobilisation le 17 avril 1919 … »

………..

Alexandre Isidore, je le trouve terrassier sur sa fiche militaire quand il a 20 ans, puis il apparait plombier tant à son mariage qu’à la naissance de ses quatre fils … C’est aux noces du benjamin, le 26 juin 1926 qu’il est dit puisatier : « (…) à quinze heures trente, devant Nous, ont comparu publiquement en la maison commune, Marcel Ernest Georges Leroy, cimentier, né à Brunoy (Seine et Oise) le treize octobre mil neuf cent deux, vingt-trois ans, domicilié à Choisy le Roi, 3 rue Henri Jardin, fils de Alexandre Isidore Leroy, puisatier, et de Berthe Ernestine Goubert, son épouse, sans profession, domiciliés audit Choisy le Roi (…) »

Enfin le voilà …
Le métier ancien de ce rendez-vous Ancestral

Que ne j’ai pu titrer « la fille du puisatier »
faute qu’Alexandre n’ait eu que des garçons

Jusqu’au XVIIIe siècle, l’eau à domicile  reste le privilège des palais, des couvents, des abbayes et des hôpitaux. Pour le reste de la population, il y a la fontaine publique, quand ce n’est pas l’eau prélevée à la source directement au fleuve ou à la rivière … Et il y a les puits… Présents dans de nombreuses cours de fermes, voire au sein du hameau… Puits collectif… Puits banal

En 1930, seulement 23 % des communes disposent d’un réseau de distribution d’eau potable à domicile… 1930 !!!
En 1945, 70 % des communes rurales ne sont toujours pas desservies. Il faut attendre la fin des années 1980 pour que la quasi-totalité des Français bénéficient de l’eau courante à domicile…

Aujourd’hui, 99 % des Français ont de l’eau courante à domicile…
Oui, 99 % pas 100 % …

Le puisatier est (était) donc essentiel à l’accès de cette eau, indispensable à la vie.
Dur métier que m’explique Alexandre Isidore

« Je travaille avec un sourcier, tu sais cet étrange personnage qui se déplace lentement une baguette de noisetier à deux branches en main. »

« Une fois la veine d’eau détectée, commence mon travail »

Pour exercer ce métier de puisatier, Alexandre Isidore bénéficie de son expérience de terrassier, il a également besoin de techniques de maçonnerie et de beaucoup de force physique pour creuser à la pioche et à la pelle… Le métier est à la fois dur et dangereux.

« Les puits sont creusés à la force des mains avec pelles et pioches … Il faut que nous soyons minimum deux pour mener à bien cette construction, l’un qui creuse et l’autre qui remonte la terre à l’aide de seaux reliés à une corde » m’informe Alexandre Isidore qui complète son explication sur la dangerosité du métier :

  • « Nous sommes amené  parfois à utiliser de petites charges d’explosifs, ce qui nous fait redouter les effondrements et affaissements, à l’origine de bien des accidents souvent mortels…. Même sans explosif  et à  mesure que le puits devient plus profond, les parois risquaient de s’effondrer … La prudence est toujours de mise »
  • « Sans parler du monoxyde de carbone » poursuivi Alexandre Isidore, « ce gaz toxique et inodore dont nous nous protégeons en descendant avec une bougie allumée qui s’éteint en cas d’absence d’oxygène … Il devient alors urgent de remonter au plus vite »

Lorsque le trou atteint la nappe phréatique (entre 4 et parfois plus de 50 mètres) et commence à se remplir d’eau, le puisatier doit alors « dénoyer » le puits en évacuant l’eau accumulée…. Cette opération est réalisée grâce à une chèvre à treuil faite de trois rondins liés en haut et fichés en bas dans le sol autour du trou à creuser. Une poulie y est alors attachée pour remonter les seaux d’eau … La chèvre servait également pour évacuer la terre une fois la profondeur du futur puits dépassant la taille d’un homme.

Et Alexandre Isidore de poursuivre ses  explications

« Une fois le trou creusé, il faut bâtir la gaine du puits entre le niveau de la nappe et la margelle avec des pierres, en respectant les règles de la maçonnerie, c’est-à-dire en n’oubliant surtout pas de jointoyer les pierres afin sécuriser la structure. On termine ensuite par la margelle surmontée d’une structure abritant un système pour puiser l’eau. »

Ce n’est qu’une fois le puits sécurisé et pourvu d’une margelle surmontée ou non d’une  couverture  que le système de puisage est installé

Simple seau au bout d’une corde que l’on remonte plein d’eau à la force des bras … Poulie accrochée à une potence au centre du puits, hissant le seau à la hauteur de la tête de celui qui tire l’eau… Ou treuil avec manivelle.

C’est au pied d’un magnifique puits
que je prends congé d’Alexandre
mon seul puisatier

…………….

Un petit clin d’œil à ma terre d’adoption

Où mes amis Périgourdins m’ont fait découvrir un superbe, bien qu’en ruine, château qui abrite l’impressionnant puits que je vous propose ci-dessous.

5 réflexions sur “Zut, il n’a pas de fille

  1. Lors d’une émission de radio il y a une bonne 20e d’année, sur l’origine des patronymes, j’avais soumis à JL Beaucarnot le nom de mes AGP : Furgerot, il m’avait expliqué que furger c’etait autrefois « creuser »… un puit . J’étais l’arrière petite fille du puisatier …(puissance xx, je n’ai pas de puisatier connu dans mon arbre.

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