N’A PAS VOTÉ …

Les généathème initiés par Sophie Boudarel et repris par Geneatech nous proposent un thème par mois … En cette période électorale, l’équipe de Geneatech nous propose assez naturellement de nous pencher sur nos ancêtres élus ou électeurs.

Voilà pour moi l’occasion de vous parler
de mon grand-oncle, à la trop courte vie.
Amador Avilès
Une carte d’électeur qui n’aura jamais servi
 Paris 1938

Inscrit sur la liste électorale de 1938 … Paris 13ème arrondissement

Ce sera donc ton inscription sur la liste électorale, mon cher Amador, qui me fait me pencher plus avant sur toi … Mon grand-oncle espagnol.

Tu es né deuxième, dernier enfant, et seul fils de tes parents Louisa et Amador AVILES … Le petit frère de ma mémé Loulou … C’est le 13 juillet 1916 que tu vois le jour … Pourquoi es-tu né rue du moulin vert alors que tes parents vivent rue Visconti ?? Louisa ta maman c’était-elle rapprochée d’une compatriote pour son accouchement ??

Il faut dire que tu es né la veille de cette année où la fête nationale du 14 juillet fut particulière … historique dira-t-on même

Nous sommes en pleine période de guerre … La terrible première guerre mondiale … Pour tous ces soldats qui défilent cette trêve aura été de courte durée et, quelques jours après, ils seront de retour sur le front … Nombreux ne fouleront plus jamais les pavés parisiens, donnant leur vie pour notre liberté.

Un an, auparavant, la fête nationale avait été marquée par le transfert des cendres de Rouget de Lisle aux Invalides.

1916 va être l’occasion de mettre en place une tradition qui va perdurer jusqu’à nos jours avec quelques aménagements : le défilé militaire.

Pour la première fois, des troupes françaises et alliées vont parader dans les rues de Paris.

Voilà sans doute pourquoi ce n’est que le surlendemain de ta naissance que tu fus déclaré, par trois dames, en l’absence de ton papa… Probablement les armes à la main, loin de son foyer… Ou retenu dans cette usine de la Société de Constructions Aéronautiques d’hydravions « Lioré et Olivier » où il participait à l’effort de guerre.

Tu passeras ton enfance et ta jeunesse dans le Paris de l’après-guerre, entre tes parents et ta grande sœur … Au gré des déménagements de la famille, vous vous installerez après la rue Visconti, rue Grégoire de Tour, restant fidèles à ce 6ème arrondissement où vos parents, jeunes émigrés, avaient posé pour la première fois leurs valises 10 rue Cassette, dans un logement provisoire où ils ne resteront qu’une année.

C’est en 1929 que les tentatives, chères au cœur de ton père, aboutiront
après de longues et fastidieuses démarches

Te voilà donc devenu Français … Exit cette « carte d’identité familiale » que ton père devait détenir et qui ressemblait sans doute à ça :

Devenu français, tu t’attacheras une fois majeur (21 ans à ton époque) à être citoyen et patriote … Tu t’investiras même dans la vie associative … Malgré quelques frasques … Hé oui, mon cher Amador, j’ai retrouvé des coupures de journaux où ton nom figure !!!

C’est ainsi que j’ai appris, que devenu adulte, tu gagnes ton pain en étant téléphoniste, et que tu quittes le domicile parental pour t’installer, célibataire …

Locataire 16 rue Philibert-Lucot … Toujours sur la rive Gauche, mais maintenant dans le 13ème arrondissement.

C’est là, à cette adresse que tu seras recensé l’année de tes 20 ans et que te sera affecté ton numéro de matricule 2225 … Bon pour le service (militaire) … Tu as 20 ans, nous sommes en 1936 … La seconde guerre mondiale est toute proche.

Tu  voudras, et c’est tout à ton honneur, participer à la vie de ton nouveau pays … Tu a le droit, citoyen français que tu es, de voter … Et c’est à cet effet que dès 1938, tu t’inscris sur les listes électorales … Je n’ai pas pu mettre la main sur ta carte d’électeur, mais je suis certaine que tu étais très fier de la posséder.

Hélas, avant que tu n’aies l’occasion de t’en servir
La seconde guerre mondiale éclate
Te voilà sous le drapeau tricolore …

Loin des tiens, dans la fureur des tirs,
Embarqué comme tant de jeunes gens
de ta génération
Dans la folie meurtrière de la guerre

Le 10 mai 1940, après plus de huit mois, la « drôle de guerre » laisse brutalement place à la bataille de France. Sur initiative allemande, dont le but final est la destruction des forces armées françaises, les troupes allemandes envahissent les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France.
Les centres urbains sont bombardés et subissent des destructions massives, entraînant l’évacuation et l’exode des populations civiles du nord-est de la France.

Cette bataille de France, qui a fait une centaine de milliers de morts, de blessés et de prisonniers, militaires ou civils a pour héros entres autres à Saint-Parres-aux-Tertres, aux portes de Troyes, MICHEL TAITTINGER et ses hommes qui stoppèrent pendant cinq heures, une panzer-division, infligeant de nombreuses pertes à l’ennemi, le jeune sous-lieutenant faisant en bout de résistance sauter ses 2 batteries de 75 avec ses deux derniers obus et succombant finalement avec ses 9 de ses hommes.

Michel TAITTINGER, Sous-Lieutenant, fils puiné de l’auteur de l’article ci-dessous « Jeune officier d’un patriotisme ardent qui a poussé le sentiment du devoir jusqu’au sacrifice total. Chargé le 15/06/1940 à Saint-Parres-aux-Tertres, près de Troyes, d’interdire à l’ennemi le dernier pont sur la Seine qui fût encore libre pour le repli de nos troupes, a opposé pendant cinq heures une résistance héroïque aux attaques de l’ennemi, lui infligeant des pertes sévères. Sommés de se rendre, quand le village était en ruines et qu’il ne restait plus autour de lui qu’une poignée d’hommes, a refusé de se courber devant la force, trouvant dans l’accomplissement de son devoir, la mort glorieuse que sa jeune âme héroïque avait rêvée. » – Il est tué, le jour de ses 20 ans, lors d’un ultime assaut à la baïonnette pour la défense du pont »…. Aux côtés d’Amador Aviles (24 ans) et de 8 autres soldats … Tombés en héros pour la défense d’un pont en direction de Troyes.

Mémoire des Hommes

Malgré la résistance de l’armée française face à l’adversaire, la bataille se termine le 22 juin par la défaite française et la signature de l’armistice à Rethondes par le gouvernement Pétain.

Un bel hommage dans la presse, l’Echo Rochelais du 29 novembre 1940,
rendu à Amador …. Et à son père en même temps

Article intitulé « la vérité sur une défaite » par Pierre TAITTINGER
dont je vous livre un très court extrait :

Tu fais donc, mon pauvre grand-oncle, partie des innombrables victimes de cette guerre … Tu auras avec bravoure combattu pour ce pays qui t’a adopté, et c’est à toi et à tant d’autres, que nous devons notre liberté et notre souveraineté territoriale …

Une carte d’électeur qui n’aura
JAMAIS SERVI

J’aurais tant aimé que tu aies l’occasion de voter 

  • Le 3 mai 1936 a lieu en France le deuxième tour des élections législatives
  • 1938 Inscription d’Amador AVILS sur les listes électorales
  • 15 juin 1940 décès d’Amador AVILES au champs de bataille
  • 29 avril 1945 et 13 mai 1945 élections municipales. Ce sont les premières élections depuis la libération de la France et les premières où les femmes peuvent voter.

J’aurais tant aimé te connaitre, toi le petit frère de ma grand-mère adorée

Qui repose à jamais à la nécropole nationale de la Ferme de Suippes

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