Une fois de plus, les aiguilles de l’horloge tournent à l’envers … Remontant le temps jusqu’en 1850 … L’heure du Rendez-vous ancestral a sonné … C’est un « presque étranger » qui m’interpelle en ce jour …

Le père du mari de la sœur
de mon Sosa 30 …
Isidore, Ernest, Auguste LEGROS
Isidore, Ernest, Auguste LEGROS … Le père de mon oncle par alliance Charles Legros, époux de Louise Hullard est boulanger.

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La famille LEGROS est implantée en Seine-Maritime, à Fécamp, depuis plusieurs générations et au moins depuis 1787, date de la naissance de Jacques Isidore LEGROS, grand-père d’Isidore… Jacques Isidore junior, père d’Isidore naitra en 1825 à Senneville-sur-Fécamp. Agé de 21 ans il épouse – à Fécamp- la jeune Florentine Alexandrine LEBOURGEOIS, 22 ans. la noce se déroule le 3 aout 1846 et
Un an après leurs épousailles naitra Isidore, Ernest, Auguste toujours à Fécamp, le 28 septembre 1847

« Je suis né à Fécamp, ancienne capitale du Duché de Normandie, grand port morutier où à mon siècle c’est la pêche qui fait vivre une grande partie des gentilés … Un métier en mer vaut quatre métiers à terre y dit-on. Pour autant je ne suis pas issu d’une lignée de pêcheurs. Vois-tu, mon grand-père était voiturier, et mon père tanneur »
Isidore, Ernest, Auguste éclate alors d’un grand rire et me dit : « Tu m’a cru l’ainé de ma fratrie n’est-ce pas ?? Pourtant je suis le puiné … Mon frère Isidore Alexandre est né un mois et demi avant le mariage de nos parents, enfant naturel que papa a reconnu dans son acte de naissance »
Voilà posé le cadre familial d’Isidore Ernest Auguste

Les deux ainés de la fratrie seront suivi de six autres enfants, 4 filles et 2 garçons … Leurs parents auront abandonné pour leurs deux autres enfants males le prénom d’Isidore qui depuis le grand-père se répète sans discontinuer…
Isidore, Ernest, Auguste passera sans doute son enfance à Fécamp, pour ma part c’est à Paris que je le retrouve, au jour de ses noces où il est dit « garçon boulanger, rue Lepic » … Le 22 mai 1875, à midi, en la mairie du XVIII° il prend pour épouse Madeleine HOLENDER, de quatre ans sa cadette …
« Madeleine est cuisinière, originaire de Hohweiler [ancienne commune du Bas-Rhin, devenue un quartier de Soultz-Sous-Forêts], fille d’agriculteurs, ses parents ne se sont pas déplacés pour notre mariage auquel ils ont consenti par acte authentique, c’est son cousin Michel, parisien et gardien de la paix qui est son témoin et représentant de sa famille. Moi aussi, je suis sans mes parents en ce jour de noce … Papa est décédé et maman a donné son consentement, mais sans se déplacer. »
Nous voilà maintenant en 1878, Isidore, Ernest, Auguste est maintenant père de deux fils et boulanger … Madeleine ne travaille plus – ou officiellement plus – mais sans doute aide-t-elle son époux à la boulangerie… Quoique …

Au début du XIXe siècle,
la boulangerie était principalement une activité urbaine.
Rappelons qu’au XIXe siècle encore, le pain reste l’aliment de base. Les risques de pénurie demeurent un spectre qui en fait un enjeu politique. Sa fabrication et sa vente dans les boutiques est très règlementée.
Dans les campagnes la fabrication du pain était une activité domestique, les ménagères pétrissaient et cuisaient le pain chez elles ou portaient la pâte à cuire chez le fournier, quant ce n’était pas les hommes qui le faisaient cuire une à deux fois par mois dans le four banal.
Le four à bois restera le seul outil de cuisson jusqu’à l’invention du four à gaz et du four électrique à la fin du XIXe siècle.
La boulangerie s’étendra avec l’urbanisation, les nouveaux modes de consommation et surtout l’assouplissement des règles administratives.
À Paris, le nombre de boulangeries était limité à 600 jusqu’à la loi libérale de 1863, puis il augmente rapidement passant à 1334 en 1869 et à plus de 2000 vers 1910.

Que l’on soit « mitron », -garçon boulanger- ou « boulanger », patron et propriétaire de la boulangerie, le travail du pain restait le même avec ses trois mêmes étapes :
- la préparation du levain,
- la panification
- la cuisson.
« La panification, comprend elle-même plusieurs phases : le délayage (qui consiste à mélanger le levain et l’eau) ; le frasage (lorsqu’on ajoute la farine) ; le pétrissage (consistant à battre la pâte dans le pétrin). Si la pâte est trop épaisse, on procède au bassinage en ajoutant du sel et de l’eau. La pâte est ensuite mise au repos à l’abri de tout courant d’air, c’est pourquoi les pétrins étaient fréquemment munis d’un couvercle.
Vient enfin le temps du découpage et du façonnage, suivi d’une période d’attente pour que la pâte lève et que la fermentation s’opère.
Le pétrissage était à la fois la tâche la plus dure et l’une des plus décisives pour la qualité du pain. Les gestes du garçon boulanger sont essentiels : il doit étendre les deux mains ouvertes, empoigner la pâte, la porter, la soulever, la plier et la laisser tomber, afin de l’aérer le plus possible. La durée de cette opération varie selon la quantité de pâte, mais elle peut être très longue, exige force et savoir-faire, et vaut aux ouvriers qui en ont la charge le nom de « geindre », tant la tâche est rude et leur arrache des cris de douleur. »
source « cairn.info »
Coté professionnel, Isidore, Ernest, Auguste, pétrit, façonne et cuit le pain des Parisiens et coté familial qu’en est-il ??
Est-il de ceux de ces garçons qui chargés du pétrissage ont la réputation d’être indisciplinés et violents ? Le travail de nuit leur offrant toute la journée pour fréquenter les cabarets et autres lieux publics, participer aux rassemblements de contestation les plus divers et les incite dit-on à des excès de tous genre.
Qu’il soit violent ou non, bon père et bon mari ou non
la vie familiale d’Isidore semble décousue et fort peu sereine …
« Mon fils cadet, Charles devançant son recrutement s’engage dans l’armée et passe 4 années loin de sa famille en Algérie. A son retour il se marie sans que sa mère ne soit présente, elle est dite « disparue » nul ne sachant si elle est en vie ou non. Moi je suis là, consentant à ces épousailles.
Mon second fils, Albert, convole lui aussi … Sans ma présence ni celle de sa mère et bien loin du domicile familial … à Constantine. »
Isidore ne me dira pas un mot sur son épouse, mère de ses deux fils
Où est-elle ?? Qu’est-elle devenue ??
Il décèdera à Paris le 19 juin 1909 … Ses enfants ne sont pas auprès de lui … Non plus que Madeleine sa femme … A tel point qu’Isidore sera sur son acte de décès dit « veuf de Madeleine Holender » … Avant que ne soit rayés ces quatre mots et rectifiés ainsi qu’il suit en marge dudit acte :

La désormais veuve d’Isidore était retournée dans sa ville natale, au domicile de ses parents….
Depuis quand ? et pourquoi ?
Absente aux mariages de ses enfants, prétendue disparue sans que l’on ne la sache morte ou vive, déclarée décédée par l’entourage de son époux … Madeleine semble avoir tenter de n’être pas retrouvée du vivant de son époux … A-t-elle fuit le foyer conjugal ou en a-t-elle été chassée ??

C’est donc sur l’énigme de cette épouse « invisible » que je quitte Isidore
Il est parti avant que son fils Charles ne succombe
lors de la première guerre mondiale :
« Tué le 19 mars 1918,
à son poste, pendant un bombardement »
Un petit déjeuner le samedi avec croissants, Madeleines et pain frais, un régal…qui en plus ne fait pas grossir !
Comme Dominique, un régal ce petit déjeuner avec du pain frais…
Naïvement, je croyais avoir la bonne idée avec ce petit-déjeuner ancestral, mais on m’a devancée 😂 Ça n’enlève rien à la bonne odeur de ce petit pain tout chaud 👏
J’ai appris beaucoup de choses sur la boulangerie à Paris. Je ne savais pas que leur nombre était contingenté. Sinon évidemment la disparition de Madeleine est intrigante et on aimerait en savoir plus.
Merci Véronique
On dit bon comme du bon pain, mais ce n’était pas le cas d’Isidore et qui peut expliquer la volatilisation de Madeleine 🤔
Merci Stéphane, ca fait plaisir de vous revoir, en plus du commentaire 😊